Monk & Coltrane, Carnegie Hall, 1957

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Stéphane B
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Monk & Coltrane, Carnegie Hall, 1957

Message par Stéphane B »

Entendu sur TSF, une merveille sortie des oubliettes, et jamais publiée auparavant. Il s'agit du quartet de Monk avec Coltrane, en 57, au Carnegie Hall, sans doute leur dernier concert ensemble.

Monk est dans une forme remarquable, et Coltrane qui voit le coup venir dès les premières notes de piano, se surpasse également. Cet album est super intéressant, car la complicité entre les 2 musiciens est extraordinaire : ils attaquent les phrases en même temps, ce qui est une prouesse de taille lorsqu'on sait que Monk est imprévisible. De plus, le jeu de Coltrane est hyper moderne, à mon sens plus moderne que dans Blue Train ou Giant Step qui allaient sortir plus tard (mais bien sûr moins risqué que dans Crescent, A Love Supreme et tout le reste)

Quant à Monk, il étonne vraiment, et prend beaucoup de risques dans les phrasés, et non pas seulement dans la mise en place.

Je cours l'acheter :)
Stéphane B
"Et pourtant, elle tourne" (Don Leslie, lors de son procès en appel, accusé par Hammond d'infamie acoustique)

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Rémi Jeannin
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Message par Rémi Jeannin »

Il faut que je me le procure aussi ! :wink:
Ce quartet avait fait sensation en 1957, jouant à guichets fermés pendant presque toute l'année au Five Spot. J.J. Johnson comparait ces concerts à ceux de Bird et Diz au milieu des années 40, rien que ça ! Les seules traces dont on disposait étaient 3 pistes enregistrées en studio : Ruby my dear, Trinkle Tinkle et Nutty. On les trouve sur un CD "Thelonious Monk with John Coltrane", avec d'autres morceaux issus de scéances en plus grosse formation. Ca donnait déjà l'eau à la bouche, vu également l'influence que cette année avec Monk a eu sur Coltrane, selon ses propres dires.
Au passage, Coltrane racontait que quand il jouait avec Monk et qu'il loupait un accord dans les grilles de ses morceaux, il avait le sentiment de tomber du haut d'une cage d'ascenceur ... Ceux qui ont essayé ces morceaux en groupe voient bien de quoi il parle ! :roll:

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Stéphane B
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Message par Stéphane B »

Ca y est, j'ai acheté ce CD hier. Cela fait bien longtemps que je n'ai ressenti des émotions musicales aussi fortes. Ces types là avaient déjà inventés et osés beaucoup de choses en 57, il y a presque un demi siècle !

Achetez-le, ou tout du moins écoutez-le, c'est remarquable. De plus, le son est incroyablement propre. On a l'agréable impression que Monk & Trane viennent d'enregistrer ce CD il y a 3 mois !!!
Stéphane B
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Rémi Jeannin
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Message par Rémi Jeannin »

Puisque l'ami Stef nous recommande à nouveau un disque (Clifford Brown et Max Roach), j'en profite pour dire tout le bien que je pense de celui-ci, acheté sur ses conseils. J'ai envie de me lâcher sur ce coup là ... Gros coup de coeur, vraiment !

9 titres avec des morceaux devenus depuis des classiques. Il faut tous les citer tellement ces compos sont remarquables :
1 / Monk's Mood. Rubato, avec un Coltrane plein de lyrisme, et quel son au ténor !
2 / Evidence, thème construit sur la grille d'une bluette, "Just you, just me". Coltrane volcanique, Monk tout en décalages.
3 / Crepuscule with Nellie, dédié à Madame Monk. Une ballade comme seul Monk sait les écrire : belle sans "joliesse", comme un diamant brut. Piano solo au départ pour un premier exposé du thèmes, les trois autres rejoignant Monk pour un 2e exposé en quartet : pas d'impro, pas la peine, un peu plus de 4 minutes de bonheur.
4 / Nutty, le genre de truc qui tourne dans la tête en boucle si on commence la journée avec. Même répartition des rôles que dans Evidence : Coltrane envoie la soudure et Monk joue l'invention dans le dépouillement. Opposition de styles.
5 / et 9 / Epistrophy. Thème sur quatre accords ou presque, mélodie de derrière les fagots. Coltrane qui montre ce qu'il commence à faire dans un registre "modal" qu'il va explorer ensuite avec Miles et son propre quartet.
6 / Bye-Ya. Un thème que je joue à chaque concert ou presque de mon côté ... Biscornu, bancal, baroque quoi : tout ce qui peut être un défaut chez des musiciens médiocre est ici porté par le génie de deux improvisateurs.
7 / Sweet and lovely. Ca démarre comme souvent chez Monk en piano solo, "Stride", et ça continue en quartet dans la même veine. Comme quoi l'opposition entre jazz "moderne" et "classique" est, quand on est dans la qualité, artificielle. Super solo de Monk au piano : pendant toute la première partie de chaque grille, main gauche du piano et sax jouent des notes à l'unisson pendant que la main droite improvise ... Puis c'est au tour de John de se jouer des chausses trappes de la grille, au tempo normal puis dédoublé !
8 / Le "tube" de Monk, Blue Monk. Plus rapide que d'habitude chez Monk. Coltrane joue le thème à la tierce inférieure ... pour changer. Les deux nous montrent ce qu'on peut faire avec un peu d'imagination sur un blues.

Voilà pour la petite revue des titres. Courrez chez votre disquaire. En plus c'est vrai que le son est excellent pour un live de cette époque. En bref : une musique presque cinquantenaire et qui n'a pas pris une ride !

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cric
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Message par cric »

Pff, 'faudrait que je bosse pour m'acheter ces disques...
Grr...
J'avais zappé ce sujet.
Et pourtant, si je devais être "fan" de quelqu'un, c'est bien de Thelonious Monk.
Toutes ces compos sont extraordinaires.
Et aussi bien en solo, trio ou quartet, il est vraiment à part, tout en ayant su, mais sans se forcer, il me semble, rester en contact avec le passé (l'exemple du Stride).
Encore aujourd'hui, il semble en avance et décalé, avec "son" style.
« Si tous les cons volaient, il ferait nuit. » Frédéric Dard

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