Quand on assiste à un concert que l'on estime exceptionnel, avec des musiciens non moins exceptionnels, qui ont en plus des idées originales on a envie de le faire savoir. Ne serait-ce que pour témoigner de la gratitude aux artistes qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes pour nous faire partager leur conception musicale. Et aussi parce qu'il y avait du Hammond dans le coup.
Les musiciens
Benoit SOURISSE au Hammond portabilisé + Leslie 760 (c'est effectivement surprenant car d'autres auraient joué sur un clône pour pas s'embêter)
André CHARLIER batterie
Pierre PERCHAUD guitare et banjo
Claude EGEA trompette (membre du Captain Mercier entre autres)
Le thème du concert : Théoriquement la reprise des morceaux figurant sur le dernier album de CHARLIER/SOURISSE : Imaginarium sorti il y 4 mois env.
Dans cet album, les 2 compères laissent planer leur imagination pour nous livrer des oeuvres originales et assez inclassables. S'il y a des influences extérieures, faut être très calé pour les déceler. Quand aux progressions harmoniques elles n'ont pas été puisée dans le REAL BOOK.
Bien évidemment ceux qui ne voient l'orgue Hammond qu'avec une solide registration 888000000 Perc 3, les enchaînements harmoniques traditionnels, conclus par quelques accords avec Leslie full speed et un tonnerre de roulement de batterie et déchaînement de cymbales ont tout intérêt à éviter cet album. D'autant que l'orgue y reste discret et que l'écriture de l'œuvre peut dérouter bon nombre d'auditeurs puisque elle est presque d'inspiration classique : Il y a un très gros travail de composition avec différents mouvements, des changements rythmiques, des nuances (mezzo piano par ex), du caractère (appassionato..par ex). Et l'intervention de chaque instrument vise à dépeindre ou soutenir un climat musical défini, sans rechercher forcément la mise en valeur de l'exécutant. Bref on est très loin des schémas thème/chorus pour chacun/reprise du thème/fin. C'est un collectif parfaitement homogène qui s'exprime tout comme quatuor à cordes ou un grand orchestre.
L'avantage de la prestation scénique (du moins pour les amateurs d'orgue) c'est que le Hammond de SOURISSE est omniprésent (et que tous les musiciens se lachent beaucoup plus). La seule similitude avec la plupart des organistes que nous connaissons, c'est qu'il assure la partie basse. Et ce qu'il arrive à faire en terme de basse est proprement hallucinant et difficile à décrire.
La main droite assure le plus souvent des contre-chants et des soutiens harmoniques ou rythmiques discrets aux phrases du trompettiste ou du guitariste. (L'orgue n'est pas destiné à bourrer l'espace sonore avec de gros accords). Il se dégage donc du quatuor une clarté qui rend perceptible les moindre nuances du discours musical.
En upper il utilise (comme le fait également BEX) des registrations tout à fait inhabituelles, (si on se place dans le contexte d'un organiste de jazz traditionnel).
On sent donc un musicien apte à gérer des compositions pour orchestre et à utiliser a bon escient les différents timbres mis à sa disposition. Et ceci me semble bénéfique pour l'orgue Hammond et son avenir, trop souvent identifié par les sonorités de J.SMITH et suiveurs, alors que l'instrument dispose d'une importante palette sonore.. Et il n'y a aucune faute de goût dans l'utilisation des registrations. Et la Leslie fast est utilisée ponctuellement avec beaucoup de goût et de finesse, sur certaines registrations ou parties de clavier. Et il n'y a assez peu d'utilisation de vibrato ou chorus.
Il utilise une ou deux boites d’effets qui ponctuellement apportent quelques singularités plutôt heureuses au son du Hammond.
Ce qui me permet déjà de faire remarquer, que sur cet instrument vénérable, dont on pensait avoir déjà tout entendu, il y a encore des possibilités d'expression originales et inédites pour des compositeurs. Je pense que certaines timbres ou sonorités sont susceptibles de générer un discours musical particulier, même si, à l'inverse, ils permettent de l'illustrer. Ce que je trouve de bon augure, tant pour l'évolution de la musique que pour celle de l'orgue Hammond.
Et lorsqu'il prend un chorus (il a en cela laissé plus d'espace au guitariste et au trompettiste qu'il s'en est accordé à lui-même) on a vite compris en 2 minutes que c’est pas pour des prunes qu’il a été prof d'improvisation et qu'il n'a pas grand monde à craindre, tant sur le plan de l'imagination que de la technique, vis à vis des ténors mondiaux de l'instrument, et en particulier de ceux qui jouent moderne. Aligner des notes, il y en a pas mal qui le font. Mais aligner des notes qui ont un sens, on restreint forcément le cercle.
L'autre aspect que je trouve particulièrement intéressant est qu'il y a réellement une écriture des chacun des morceaux. Et cette écriture est complexe harmoniquement, rythmiquement et demande un important travail de mise en place pour les musiciens ainsi qu‘une concentration importante lors de l‘exécution. Cette écriture, si elle laisse bien évidemment une certaine part à l'improvisation, à l'avantage de procurer une grande diversité de situations sonores ou rythmiques à l'auditeur J'ai une grand estime pour les musiques improvisées, mais tout autant pour les musiques écrites qui ont fournies tant de chefs d'œuvre.
Et leurs compositions, qui s’écoutent pourtant très facilement malgré des structures harmonique complexes, ne laissent pas la moindre place à la facilité d’exécution. Ils y on même introduit des pièges rythmiques, destinés à mettre en avant leur excellente cohésion. Bref en plus d’une heure et demie, pas une erreur, pas un pain et une précision extraordinaire de la part de chacun. Du grand art. Et une très bonne qualité sonore dans la salle.
Du grand art pour le guitariste Pierre PERCHAUD, qui a un son magnifique; un jeu d'une rare clarté et des envolées musicales sublimes. Idem pour Claude EGEA à la trompette. Ils ont exécutés des chorus formidables. Et ça vaut le coup d'aller sur leur site perso pour voir leur formation et suivre leur parcours. Et que dire de CHARLIER qui agit en véritable conducteur ou chef d'orchestre et dont caisse, fûts et cymbales sont autant de composants mélodiques de cette séduisante alchimie sonore. Et c'est en plus un excellent rythmicien.
Moi je l'ai ressenti comme ça en tout cas.
Et ça se passait où ?
Dans une petite salle de concert du plateau ardéchois plutôt sympa, dotée d’une vraie scène et de jeux de lumière.
L’idée que l’on peut se faire de l’Ardèche, c’est pas forcément en relation avec la musique, hormis pour ceux auquel le nom de Vincent d’Indy, organiste, compositeur et fondateur de la Schola Cantorum à Paris (1851-1931) dirait quelque chose.
Néanmoins, bien cent cinquante personnes étaient présentes, des jeunes pour la plupart. Et j'imagine que la direction de la salle prend au sérieux l'aspect promotion (tout comme celle de St Etienne ou ils se produisaient le dimanche)
Et ils ont applaudi à tout rompre, débout et longuement à la fin, pour féliciter chaudement ces artistes et obtenir un dernier morceau.
Il y a quand même des connaisseurs, ou du moins des gens qui savent faire preuve de curiosité dans nos campagnes !!!!
CHARLIER/SOURISSE ont un tas de concerts programmés. Ca vaut le détour !